Un billet de 50 francs Saint-Exupéry glissé dans un livre, une liasse de 100 francs retrouvée dans un tiroir, quelques 500 francs Pascal conservés par un grand-parent : les billets en francs refont régulièrement surface lors d'un rangement ou d'une succession. Ils ne sont plus une monnaie, mais ils peuvent devenir des objets de collection. Leur intérêt dépend moins de leur valeur faciale que de leur état, de leur numéro et de leur place dans l'histoire des émissions de la Banque de France.
Les billets en francs ne sont plus échangeables
Commençons par une précision importante. Les derniers billets en francs encore échangeables contre des euros, ceux de la dernière gamme (Debussy, Saint-Exupéry, Cézanne, Eiffel et Pierre et Marie Curie), ont pu être présentés aux guichets de la Banque de France jusqu'au 17 février 2012. Depuis cette date, aucun billet en francs ne peut plus être converti en euros. Les billets des gammes plus anciennes, retirés de la circulation auparavant, avaient eux-mêmes des délais d'échange plus courts.
Concrètement, un billet en francs n'a donc plus aucune valeur monétaire. Sa seule valeur possible est une valeur de collection, fixée par la demande des amateurs de billets, que l'on appelle les collectionneurs en billettophilie. Et cette demande est très sélective.
Ce qui fait la valeur d'un billet ancien
La grande majorité des billets en francs des dernières décennies ont été imprimés en très grand nombre et se retrouvent encore aujourd'hui dans de nombreuses familles. Un exemplaire ordinaire, plié et usé, n'intéresse généralement pas les collectionneurs. Plusieurs critères peuvent en revanche faire la différence.
L'état de conservation
C'est le critère principal. Les collectionneurs utilisent une échelle proche de celle des monnaies :
| État | Description | Signes typiques |
|---|---|---|
| Neuf | Billet jamais manipulé | Papier craquant, coins vifs, aucun pli |
| SPL (splendide) | Presque neuf | Une trace de manipulation à peine visible |
| SUP (superbe) | Très bel état | Un ou deux plis légers, papier encore ferme |
| TTB (très très beau) | A circulé | Plusieurs plis, légère salissure |
| TB et en dessous | Usé | Plis marqués, papier mou, déchirures |
Certains défauts pèsent lourd, même sur un billet peu plié : trous d'épingle (les billets étaient souvent agrafés ou épinglés en liasse), taches, annotations au stylo, coins manquants, traces de scotch ou déchirures réparées. Un billet lavé ou repassé pour paraître neuf perd aussi son intérêt : le papier trahit ces traitements.
L'alphabet et le numéro
Chaque billet porte un numéro de série et un alphabet, c'est-à-dire une combinaison de lettres et de chiffres qui identifie sa place dans la production. Certains collectionneurs recherchent les premiers alphabets d'une émission, les numéros très bas, les numéros répétitifs ou « radar » (qui se lisent dans les deux sens), ou encore des séries de billets à numéros consécutifs. Ces particularités restent rares et ne concernent qu'une petite fraction des billets retrouvés.
Les fautes et les variantes
Comme pour les monnaies, des accidents d'impression peuvent survenir : décalage d'impression, pli d'origine avant massicotage, défaut d'encrage. Il existe aussi des variantes de fabrication, par exemple des modifications de signatures ou de mentions légales selon les années. Seul un catalogue spécialisé permet de savoir si une particularité est répertoriée et recherchée.
La rareté de l'émission
Certaines années ou certains alphabets ont été produits en plus petit nombre. Plus on remonte dans le temps, plus les billets en bon état se raréfient, simplement parce qu'ils ont servi. Les billets du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle forment un univers à part, bien plus recherché que les séries récentes.
Les billets emblématiques des dernières décennies
Voici les billets les plus fréquemment retrouvés dans les familles, et ce qu'il faut regarder sur chacun.
Le 50 francs Saint-Exupéry
Émis au début des années 1990, c'est sans doute le billet français le plus attachant. Il rend hommage à Antoine de Saint-Exupéry, écrivain et aviateur, avec son portrait, des évocations de l'aviation et le Petit Prince, le personnage de son conte le plus célèbre. Imprimé en grand nombre, il se trouve facilement. Seuls les exemplaires en état neuf, certains alphabets ou numéros particuliers et les variantes répertoriées retiennent l'attention des collectionneurs.
Le 500 francs Pascal
Émis à partir de la fin des années 1960 et longtemps resté en circulation, ce grand billet est consacré à Blaise Pascal, mathématicien, physicien et philosophe du XVIIe siècle, représenté en portrait. De nombreuses familles en ont gardé un exemplaire, souvent plié en quatre. L'état et l'alphabet sont ici déterminants.
Le 100 francs Delacroix
Mis en circulation à la fin des années 1970, il associe le portrait du peintre Eugène Delacroix à une évocation de La Liberté guidant le peuple, son tableau le plus célèbre. Très répandu, il intéresse surtout les collectionneurs lorsqu'il est en état neuf ou qu'il présente une particularité de numérotation ou d'impression.
Le 200 francs Montesquieu
Émis au début des années 1980, il honore Montesquieu, philosophe des Lumières et auteur de De l'esprit des lois. Ses tons dominants et son iconographie liée au penseur bordelais le rendent facile à reconnaître. Comme pour les autres billets de cette époque, seuls les beaux exemplaires et les numéros remarquables sortent du lot.
Le 500 francs Pierre et Marie Curie
Émis au milieu des années 1990, il fait partie de la dernière gamme de billets en francs. Il représente Pierre et Marie Curie, prix Nobel, avec des évocations de leurs travaux scientifiques. Il intégrait de nombreux éléments de sécurité modernes pour l'époque. Sa relative récence explique qu'on en retrouve encore en très bel état.
Bien conserver ses billets anciens
Un billet est un objet fragile : le papier fiduciaire vieillit mal au contact de la lumière, de l'humidité et de certains plastiques. Quelques règles simples suffisent à préserver son état :
- Ne le pliez pas davantage. Chaque nouveau pli fait perdre un degré d'état. Rangez-le à plat.
- Utilisez des pochettes neutres. Choisissez des pochettes en plastique sans PVC, prévues pour les billets. Les pochettes plastifiées ordinaires peuvent libérer des composés qui abîment le papier.
- Pas de scotch, pas de trombone, pas d'agrafe. Ces fixations laissent des traces définitives.
- Évitez la lumière et l'humidité. Un tiroir sec et sombre vaut mieux qu'un cadre au mur exposé au soleil.
- Ne tentez aucune restauration. Ni lavage, ni repassage, ni gommage : un billet traité est considéré comme altéré.
Ces principes rejoignent ceux qui s'appliquent aux pièces. Si vous avez hérité d'un ensemble mêlant billets et monnaies, notre guide pour gérer une collection de monnaies héritée vous aidera à organiser le tri.
Faire estimer ses billets en francs
Face à une liasse de billets, la tentation est grande de tout jeter ou, à l'inverse, d'imaginer un trésor. La bonne démarche consiste à trier : mettez de côté les billets les plus anciens, ceux qui n'ont pas ou peu de plis, et ceux dont le numéro vous semble particulier. Photographiez-les à plat, recto et verso, sous une lumière uniforme ; notre guide pour photographier une pièce de monnaie donne des conseils de lumière qui valent aussi pour les billets.
Vous pouvez ensuite soumettre ces photos au service d'estimation gratuite : un professionnel vous indiquera si vos billets présentent un intérêt de collection ou s'il s'agit d'exemplaires courants.
Vos questions sur les billets anciens en francs
Peut-on encore échanger des billets en francs à la Banque de France ?
Non. Les derniers billets en francs ont cessé d'être échangeables le 17 février 2012. Depuis, ils n'ont plus de valeur monétaire, seulement une éventuelle valeur de collection.
Un billet de 500 francs vaut-il automatiquement plus qu'un billet de 50 francs ?
Non. La valeur faciale d'origine ne joue plus aucun rôle. Un billet de 50 francs en état neuf avec un numéro remarquable peut intéresser davantage un collectionneur qu'un billet de 500 francs usé.
Mes billets sont pliés, ont-ils encore un intérêt ?
Pour les séries récentes et courantes, un billet plié intéresse rarement les collectionneurs. Pour des billets plus anciens ou présentant une particularité, un exemplaire usé peut conserver un intérêt. Seul un examen permet de trancher.
Faut-il repasser un billet pour effacer les plis ?
Surtout pas. Le repassage modifie la texture du papier et se repère facilement. Un billet traité est considéré comme altéré et perd l'essentiel de son intérêt.